La loi Léonetti est une loi élitiste. Non pas qu’il s’agisse d’élites médicales (contre lesquelles nous n’avons rien), mais bien plutôt de personnes qui aiment penser qu’elles sont supérieures à la masse, et ont une vision, disons, expansive de la médecine, puisque celle-ci sert aussi à évangéliser les consciences. La mort, ce sujet sensible, angoissant, et inconnu des vivants, malgré les diverses représentations, religieuses ou non, que l’on peut en avoir, les médecins seraient mieux préparés pour y faire face… Le sujet étant sensible, et les opinions diverses, sur ce sujet-là au moins pense-t-elle qu’on ne pourra jamais lui demander de rendre des comptes. Ou alors, pas trop. Et puis poliment.

Une logique orientée patient/pragmatisme nécessite l’inverse : parce que c’est un sujet sensible, il faut mettre les moyens pour que la loi soit appliquée et applicable, sans prendre soin des médecins (et de leurs ego) pendant des années. Et ce au détriment des patients, et de leurs proches, que l’on force à se complaire dans une situation sordide et supposément salvatrice et/ou rédemptrice. Pour au final se féliciter de cette humanité dont la société a pu faire preuve et de cette belle unanimité retrouvée entre les défenseurs de la loi et les défenseurs de la vie à tout prix contre les “assassins”. Il ne faut pas que ce soit trop facile à obtenir, la mort, tout le monde sinon la demanderait. Cela doit être réservé aux plus vaillants… 

Le cas d’Alain Cocq rentre dans le cadre de la loi. Nous renvoyons nos lecteurs au billet qui lui a été consacré sur notre blog ou directement à l’article L. 1110-5-2 du code de la santé publique.

Il a été dit, répété, martelé, que son cas n’entrait pas dans le cadre de la loi. Nous avons décidé de jouer la transparence : il a et avait droit à une sédation profonde et continue, car atteint d’une maladie grave et incurable, et alors que l’arrêt des traitements engageait son pronostic vital. Peu importe dans ce cas, pour la loi, qu’il soit en fin de vie ou non.

Le refus d’abandonner son corps souffrant pendant que son esprit est endormi pendant des journées entières, la volonté de montrer ce que le corps subit même quand il apparaît endormi : c’était cela, le débat. Prétendre que son cas n’entrait pas dans le cadre de la loi permettait à certains présidents d’association de faire leur show. Car ils aiment apparaître comme lavant plus blanc que blanc (y compris d’ailleurs quand ils ne sont pas dans l’opposition mais au pouvoir). Mais cela ne fait pas avancer la cause. Et surtout conforte les élites dans leur certitude : une fois la propagande engagée, puis terminée, ils arrivent et rétablissent la vérité (souvenez-vous, on ne les entendait que très peu pendant l’affaire Cocq, ils laissent parler pour ensuite se placer en sachants). Et se disent ensuite que si le peuple savait, il lui donnerait sans aucun doute un satisfecit. Au passage, ils en profitent pour faire passer un recul pour une envie de vivre redécouverte grâce à l’absence de fin “brutale” ou grâce à la torture infligée (par choix, puisque la loi lui interdit de souffrir).

Nous renvoyons nos lecteurs à la lettre d’Alain Cocq, publiée sur notre site. Dans l’écoute des autres et la défense des plus vulnérables, il peut s’avérer préférable d’écouter les gens plutôt que de parler à leur place et de faire leur bien contre leur gré en prétendant qu’ils comprendront plus tard…

Malheureusement, beaucoup sont convaincus de la légitimité de tels propos, ne comprenant pas que les personnes, y compris médecins, favorables à la vie à tout prix, sont protégées par le concept même de sédation profonde et continue. La “subtilité” qu’il recouvre permet en réalité tous les abus. Et permet surtout à une médecine frustrée et revancharde de ne pas subir l’affront de l’avortement, où la loi a été imposée alors qu’une majorité d’entre eux n’y était pas favorable. Cette fois-ci, il y aura unanimité dans le monde de la médecine. Grâce à un ennemi commun : l’aide active à mourir, et les non médecins (les médecins pratiquant l’aide active à mourir se soignant petit à petit), qui doivent rester à leur place et laisser faire passivement. Ils restent persuadés que l’interdit de tuer n’existe plus dès lors que l’aide active à mourir est légalisée, même encadrée. Selon eux, elle est, par définition, un abus.

Ces deux débats, l’avortement et la fin de vie, sont selon nous différents, mais ils génèrent les mêmes opposants. Qui n’ont pas leur mot à dire pour le premier, et sont décideurs dans le second. Dans ce parallèle, l’apaisement dont on nous rebat les oreilles à longueur de temps, c’est celui de 1974 (la loi a été promulguée le 17 janvier 1975), si Madame Veil avait enfin accepté de prendre la place qui lui était naturellement assignée : dans sa cuisine. Le vrai apaisement, il est venu après. Dans le cadre de la fin de vie, il s’agirait d’une loi, quelle qu’elle soit, qui assume de prendre position sur un sujet sensible. Même l’arrêt des traitements ne fera jamais l’unanimité.

Raison pour laquelle nous avons décidé nous de recentrer le débat dès que cela était possible. L’élite dont on parle se trouve des excuses, tout le temps. Il serait bien que de notre côté, nous ne lui en fournissions pas. Et elle transgresse, souvent. Que dire du “constat” selon lequel Alain Cocq était sous influence fait par des médecins l’ayant vu à la télé, quand il est suivi par un psychiatre ?

A cet égard, Alain Cocq a eu un entretien téléphonique avec Mme Anne-Marie Armanteras (Conseillère santé, handicap, personnes âgées à l’Elysée) le 25 août dernier à 16h30. Il avait demandé à ce que François Lambert puisse y participer. Refus de l’Elysée. On en a rapporté les raisons à François, qui a ensuite pu dire ce qu’il en pensait par mail à Madame Armanteras, notamment que l’Elysée avait clairement choisi son camp, et ses contradicteurs. Ceux dont on peut dire sans trop mentir qu’ils sont favorables à une liberté totale, et qu’ils ne sont pas spécialement pragmatiques et/ou concrets.

Ils continueront évidemment de le dire de toute personne en désaccord avec eux, mais le but est de pouvoir quand-même ne pas avoir à se cacher lorsqu’on dénonce leurs perpétuelles manipulations.

Et de pouvoir se servir des tribunes républicaines. Raison pour laquelle nous sommes fiers de pouvoir vous annoncer que fin août, la pétition de Nathalie Debernardi a atteint les 500 000 signatures, ce qui a entraîné une saisine automatique du CESE.

Un objectif auquel Nathalie a travaillé sans relâche depuis 2014. Dès ce franchissement, une nouvelle prise de contact a été faite avec le CESE. Nous vous informerons évidemment des avancées.

En parallèle, nous tentons, hors radar, de contacter des élus qui pourraient être sensibles à notre façon, que nous considérons nouvelle, d’appréhender la fin de vie. Il est trop tôt pour en parler plus précisément, mais des contacts se nouent, petit à petit. Nous tenterons autant que faire se peut d’ajouter au site du contenu vidéo de nos rencontres, quand cela viendra.

Le combat sera long, surtout sans mise en branle d’une volonté politique au sommet. Elle arrivera un jour, le tout sera d’être prêt, et de récolter alors tout ce travail de terrain (et de fourmi) que nous engageons.

Cette newsletter, la première, est courte. Les autres le seront aussi, très vraisemblablement. Nous ne recenserons pas tous les faits divers, les anecdotes… Notre but, et nous sommes très loin de l’avoir atteint, est d’inciter nos lecteurs à se saisir de ce sujet compliqué, humainement éprouvant, sans les en rendre “addict”. Et sans qu’ils aient besoin de se faire violence. A l’image du cadre légal que nous appelons de nos vœux, et à l’inverse de ce qui se passe maintenant, avec le monopole sur ce sujet des pompiers pyromanes qui aiment à angoisser le peuple pour ensuite le calmer. L’évangélisation, toujours… 

 

 

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